8. Joachim, consolé par l'ange, vient de nouveau sacrifier au temple.
Je vis, dans ce même temps, Joachim, près de ses troupeaux de l'Hermon, adresser à Dieu des prières continuelles. Quand il voyait les jeunes agneaux sauter autour de leurs mères avec des bêlements joyeux, il était tout triste de ne pas avoir d'enfants ; toutefois, il ne parlait pas aux bergers de la cause de sa tristesse. On était au temps de la fête des Tabernacles, et il dressa avec ses bergers des cabanes de feuillage. Comme il faisait sa prière et se désespérait à l'idée d'aller, suivant sa coutume, sacrifier à Jérusalem pour la fête, parce qu'il pensait aux outrages qu'il y avait reçus, je vis l'ange lui apparaître et lui ordonner d'aller au temple et de prendre courage, parce que son sacrifice était accueilli et sa prière exaucée : il devait se réunir à sa femme sous la porte dorée. Je vis alors Joachim, tout joyeux, compter ses troupeaux,-oh ! quel beau et nombreux bétail il avait ! -il les divisa en trois parts ; il garda la moindre pour lui, en envoya une meilleure aux Esséniens, et conduisit la plus belle au temple avec ses serviteurs. Il arriva à Jérusalem le quatrième jour de la fête, et se rendit aussitôt au temple.
Anne arriva ce même jour à Jérusalem et logea près du marché aux poissons,
chez des parents de Zacharie. Ce ne fut qu'à la fin de la fête qu'elle rencontra
Joachim.
Je vis que, quoique l'offrande de Joachim n'eût pas été acceptée la dernière
fois, par suite d'une indication donnée d'en haut, cependant le prêtre, qui,
au lieu de le consoler, l'avait si rudement traité, reçut, à cause de cela,
un châtiment divin que je ne m'en rappelle plus. Cette fois, les prêtres avaient
été avertis d'en haut qu'ils devaient recevoir son offrande, et lorsqu'il
fit annoncer son arrivée avec des victimes, j'en vis quelques-uns aller à
sa rencontre devant le temple et recevoir ses dons. Le bétail qu'il amenait
au temple comme présent n'était pas proprement son sacrifice ; ce qu'il destinait
à être sacrifié consistait en deux agneaux, et en trois jolies petites bêtes
que je crois être des chevreaux. Je vis aussi que plusieurs hommes qui le
connaissaient le félicitaient de ce que son sacrifice était accueilli.
Dans le temple, à cause de la fête, je vis tout ouvert et entouré de guirlandes
de fleurs et de fruits : il y avait aussi, dans un endroit, une tente de feuillage
élevée sur huit colonnes isolées. Joachim fit donc dans le temple le même
chemin que la première fois ; ses victimes furent immolées et brûlées à la
place ordinaire : il y eut cependant quelque chose de brûlé dans un autre
endroit, je crois que ce fut à la droite du vestibule où était la grande chaire
'. Je vis des prêtres offrir de l'encens dans le sanctuaire ; on alluma aussi
des lampes, et il y avait de la lumière sur le chandelier à sept branches,
mais ne pas sur les sept branches à la fois. J'ai souvent vu que dans différentes
occasions, diverses branches du chandelier étaient allumées.
Cette indication est confirmée par la note suivante. Suivant la tradition
juive, même dans l'holocauste, plusieurs parties, notamment le nervus femoris,
le nerf de la hanche, qui, dans la lutte de Jacob avec l'ange, fut touché
par celui-ci et se dessécha (statim emarcuit, (Genèse, XXXII, 25), n'étaient
pas brûlées sur l'autel, mais près de là, vers l'orient, sur ce qu'on appelait
le monceau de cendres.
Lorsque la fumée de l'encens s'éleva, je vis comme un rayon de lumière tomber
sur le prêtre qui l'offrait dans le sanctuaire, et aussi sur Joachim qui était
dans la salle extérieure. Il y eut un temps d'arrêt dans la cérémonie, comme
si l'on se fût aperçu d'une intervention surnaturelle. Je vis alors deux prêtres,
comme poussés par un ordre divin, aller trouver Joachim dans la salle et le
conduire, par des chambres latérales, à l'autel d'or des parfums. Alors le
prêtre plaça quelque chose sur l'autel. Je vis cela non pas comme des grains
d'encens séparés. mais comme une masse compacte ; et je ne sais plus de quoi
elle se composait '. Cette masse se consuma, produisant une grande fumée et
répandant un parfum agréable sur l'autel d'or de l'encens, devant le voile
de Saint des saints. Je vis alors le prêtre quitter le sanctuaire, où Joachim
resta seul.
Pendant que l'encens se consumait, je vis Joachim en extase, agenouillé et
les bras étendus. Je vis une forme brillante, un ange paraître près de lui,
comme plus tard auprès de Zacharie, après la promesse du Précurseur. Il lui
donna un écrit sur lequel je lus, en lettres lumineuses, les trois noms d'Helia,
d'Hanna et de Miriam 2, et, près de ce dernier nom, je vis l'image d'une petite
arche d'alliance ou d'un tabernacle. Il plaça cet écrit sous ses habits, sur
sa poitrine. L'ange lui dit que sa stérilité n'était pas pour lui une honte,
mais une gloire, car ce que sa femme allait concevoir devait être le fruit
immaculé de la bénédiction de Dieu sur lui, et le couronnement de la bénédiction
d'Abraham.
1 C'était sans doute un mélange formé des ingrédients qui, suivant la tradition
légale des Juifs, appartenaient au sacrifice journalier de l'encens, comme
la myrrhe, la casse, le nard, le safran, le calmus odorant, la cannelle, le
costus, le galbanum et l'encens mêlés avec du sel raffiné.
2 Au commencement, l'écrivain ne savait pas que ces trois mots n'étaient que
d'autres formes des noms de Joachim, d'Anne et de Marie. Quand il apprit cela
plus tard, il ne put s'empêcher d'en être frappé.
Comme Joachim ne pouvait pas comprendre cela, l'ange le conduisit derrière
le rideau, qui était assez éloigné de la grille du Saint des saints pour qu'on
pût s'y placer ; je vis l'ange s'approcher de l'Arche d'alliance, et il me
sembla qu'il en retirait quelque chose. Je le vis alors présenter à Joachim
un globe ou un cercle lumineux et lui ordonner d'y souffler et d'y regarder.
Je vis, sous le souffle de Joachim, diverses images se montrer dans le cercle
lumineux. Comme son haleine ne l'avait pas terni, l'ange lui dit que la conception
d'Anne serait aussi pure que ce globe était resté pur sous son souffle.
Je vis ensuite l'ange élever le globe lumineux, qui resta suspendu en l'air,
et j'y vis, comme par une ouverture' une série de tableaux liés ensemble et
s'étendant de la chute de l'homme à sa rédemption. Il y avait là tout un monde
où les choses naissaient les unes des autres : j'eus connaissance de tout,
mais je ne puis plus donner les détails. Au haut, tout au sommet, je vis la
très sainte Trinité ; au-dessous, d'un côté le paradis, Adam et Ève, la chute
originelle, la promesse de la rédemption, toutes les figures qui l'annonçaient
d'avance, Noé, le déluge, l'Arche, la bénédiction donnée à Abraham, la transmission
de la bénédiction à son fils Isaac, et d'Isaac à Jacob ; puis, quand elle
fut retirée à Jacob par l'ange avec lequel il lutta, comment elle passa à
Joseph, en Égypte, et se montra dans lui et sa femme avec un plus haut degré
de dignité ; puis comment la chose sainte où reposait la bénédiction, enlevée
d'Égypte par Moise avec les reliques de Joseph et d'Asnath, sa femme, devint
le Saint des saints de l'Arche d'alliance, le siège du Dieu vivant au milieu
de son peuple ; puis je vis le culte et la vie du peuple de Dieu dans leurs
rapports avec ce mystère, les dispositions et les combinaisons pour le développement
de la race sainte, de la lignée de la sainte Vierge, ainsi que toutes les
figures et les symboles de Marie et du Sauveur dans l'histoire et dans les
prophètes. Je vis tout cela en tableaux symboliques, dans la circonférence
lumineuse, je vis de grandes villes, des tours, des palais, des trônes, des
portes, des jardins, des fleurs, et toutes ces images merveilleusement liées
entre elles comme par des ponts de lumière : tout cela était comme attaqué
et assailli par des bêtes furieuses et d'autres apparitions terribles. Tous
ces tableaux faisaient voir comment la race de la sainte Vierge, de même que
tout ce qui est saint, avait été conduite par la grâce de Dieu à travers beaucoup
de combats et d'assauts. Je me souviens d'avoir vu, à un certain point de
cette série de tableaux, un jardin entouré d'une forte haie d'épines, à travers
laquelle une quantité de serpents et d'autres bêtes hideuses s'efforçaient
en vain de passer. Je vis aussi une forte tour, à l'assaut de laquelle montaient
de tous côtés des guerriers qui étaient précipités du haut des remparts. Je
vis beaucoup d'images de ce genre qui se rapportaient à l'histoire de la sainte
Vierge dans ses ancêtres : les passages et les ponts qui unissaient le tout
signifiaient la victoire remportée sur des obstacles et des interruptions
apportées à l'oeuvre du salut.
Il semblait qu'une chair sans tache, un sang de toute pureté, avaient été
placés par Dieu au milieu de l'humanité, comme dans un fleuve d'eau trouble,
et devaient, avec beaucoup de peine et d'efforts, réunir leurs éléments dispersés,
pendant que le fleuve tâchait de les attirer à lui et de les ternir ; mais
enfin, avec l'aide des grâces innombrables de Dieu et de la coopération fidèle
des hommes, cela devait, après bien des obscurcissements et des purifications,
subsister dans le fleuve, qui renouvelait sans cesse ses flots, et s'élever
enfin hors de ce fleuve, sous la forme de la sainte Vierge, de laquelle est
né le Verbe fait chair qui a habité parmi nous.
Parmi les images que je vis dans le globe lumineux, il y en avait beaucoup
qui se trouvent mentionnées dans les Litanies de la sainte Vierge ; je les
vois, je les comprends, et je les considère avec une profonde vénération quand
je récite ces litanies. Ces tableaux se développaient ultérieurement jusqu'à
l'accomplissement parfait de l'oeuvre de la miséricorde divine envers l'humanité
tombée dans une division et un déchirement infinis : ils allaient du côté
du globe lumineux opposé à celui où était le Paradis, aboutir à la Jérusalem
céleste', au pied du trône de Dieu. Lorsque j'eus vu tout cela, le globe lumineux,
lequel n'était autre chose que la série de tableaux, partant d'un point et
y revenant après avoir formé un cercle de lumière, s'évanouit. Je crois que
ce fut une révélation qui fut faite à Joachim par les anges, sous forme de
vision, et dont j'eus aussi connaissance. Quand je reçois une communication
de ce genre, elle m'apparaît toujours dans une circonférence lumineuse.
La vénérable Marie de Jésus, supérieure des Franciscaines d'Agreda, raconte,
dans ses visions sur la vie de la sainte Vierge, comment il lui lut expliqué
que la nouvelle ou céleste Jérusalem (Apoc., XXII) n'était autre que la sainte
Vierge elle-même. voyez la Cité mystique de Dieu, 1ère partie, ch. 17 et 18.-Saint
Jean Chrysostome, dans son discours pour la fête de l'Annonciation, fait ainsi
parler Dieu à l'ange Gabriel : " va vers la cité vivante dont le Prophète
dit : Des choses glorieuses ont été dites de toi, cité de Dieu ". ( Ps. LXXXVI.)
Saint Georges, évêque de Nicomédie (septième siècle), dans son discours sur
la Présentation de Marie, appelle la sainte Vierge la cité vivante de Dieu.
etc. Dans le petit office de la très sainte Vierge, l'antienne du psaume LXXVI
est ainsi conçue : Sicut loetantium omnium nostrûm habitatio est in te, sancta
Dei genitrix, quoique ce verset, pris dans le sens littéral, s'applique à
Jérusalem, etc.
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