59. Voyage des trois Rois Mages à Bethléhem.
(Communiqué le 21 novembre)
(Le 25 novembre.) J'ai déjà raconté comment je vis la naissance de Jésus-Christ annoncée aux trois rois la nuit même de Noël. Je vis Mensor et Sair ; ils étaient dans le pays du premier et regardaient les astres. Tous leurs préparatifs de voyage étaient faits. Ils regardaient l'étoile de Jacob du haut d'une tour en forme de pyramide, cette étoile avait une queue. Elle se dilata, pour ainsi dire, à leurs yeux, et ils virent une vierge brillante devant laquelle planait un enfant lumineux. Du côté droit de l'enfant sortit une branche, et à l'extrémité de celle-ci parut, comme une fleur, une petite tour à plusieurs entrées, qui finit par devenir une ville. Aussitôt après cette apparition, tous deux se mirent en route. Théokéno, le troisième, demeurait plus à l'orient, à deux journées de voyage. Il vit la même chose à la même heure, et partit aussitôt en toute hâte pour se réunir à ses deux amis, qu'il rejoignit en effet.
(Le 26 novembre.) Je m'endormis avec un grand désir de me trouver dans
la grotte de la Crèche, près de la mère de Dieu, afin
qu'elle me donnât l'Enfant-Jésus, pour le tenir quelque temps
dans mes bras et le serrer sur mon coeur, et j'y allai en effet. Il faisait
nuit. Joseph dormait, appuyé sur son bras droit, derrière son
réduit, près de l'entrée. Marie était éveillée
; elle était assise à sa place accoutumée près
de la crèche, et tenait sur son sein le petit Jésus recouvert
d'un voile. Je m'agenouillai et j'adorai avec un grand désir de voir
l'enfant. Ah ! elle le savait bien ; elle sait tout et elle accueille tout
ce qu'on lui demande avec une bonté si touchante, quand on prie avec
une foi sincère. Mais elle était silencieuse, recueillie ; elle
adorait respectueusement celui dont elle était la mère, et elle
ne me donna pas l'enfant, parce qu'elle l'allaitait, à ce que je crois.
A sa place, j'aurais fait comme elle.
Mon désir allait toujours croissant et se confondait avec celui de
toutes les âmes qui soupiraient pour l'Enfant-Jésus. Mais cette
ardente aspiration vers le Sauveur n'était nulle part si pure, si naive
et si sincère que dans le coeur des bons rois mages de l'Orient, qui
l'avaient attendu pendant des siècles dans la personne de leurs ancêtres,
croyant, espérant et aimant. Aussi mon désir se tourna vers
eux. Quand j'eus fini d'adorer, je me glissais respectueusement hors de la
grotte de la Crèche, et je fus conduite par une longue route jusqu'au
cortège des trois rois.
Sur cette route, j'ai vu bien des pays, des habitations et des gens, leurs
costumes, leurs moeurs et leurs usages, et aussi quelque chose de leur culte
; mais j'ai presque tout oublié. Je raconterai comme je le pourrai
ce qui m'est resté présent à la mémoire.
Je fus conduite à l'orient dans une contrée où je n'avais
jamais été. Elle était presque partout stérile
et sablonneuse. Près de quelques collines habitaient, dans des cabanes
de branchage, de petites réunions d'hommes. C'étaient comme
des familles isolées, de cinq à huit personnes. Le toit, fait
avec des branches, s'appuyait à la colline, où les demeures
étaient creusées. Cette contrée ne produisait presque
rien ; il n'y venait que des buissons, et ça et là un petit
arbre avec quelques boutons dont on tirait une laine blanche. Je vis, en outre,
quelques arbres plus grands sous lesquels ils plaçaient leurs idoles.
Ces hommes étaient encore très sauvages ; ils me parurent se
nourrir le plus souvent de chair crue, spécialement d'oiseaux, et vivre
en partie de brigandage.
Ils étaient de couleur cuivrée et avaient des cheveux roussâtres
comme le poil du renard. Ils étaient petits, trapus, plutôt gras
que maigres, du reste adroits, lestes et actifs. Je ne vis pas chez eux d'animaux
domestiques, ni de troupeaux. Ces gens faisaient des espèces de couvertures
avec une laine blanche qu'ils recueillaient sur de petits arbres. Ils filaient
avec cette laine de longues cordes de l'épaisseur du doigt, qu'ils
tressaient ensuite pour en faire de larges bandes d'étoffe. Quand ils
en avaient préparé un certain nombre, ils mettaient sur leur
tête de grands rouleaux de ces couvertures, et allaient en troupe les
vendre à une ville.
Je vis aussi en divers lieux, sous de grands arbres leurs idoles, qui avaient
des têtes de taureau, avec des cornes et une grande bouche. Il y avait
dans le corps des trous ronds, et en bas une ouverture plus large où
l'on faisait du feu pour brûler les offrandes placées dans les
autres ouvertures plus petites. Autour de chacun de ces arbres sous lesquels
étaient les idoles, se trouvaient, sur de petites colonnes de pierre,
d'autres figures d'animaux. Il y avait des oiseaux, des dragons, et une figure
qui avait trois têtes de chien et une queue de serpent roulée
sur elle-même.
Au commencement de mon voyage j'eus le sentiment qu'il y avait à ma
droite un grand amas d'eau dont je m'éloignais de plus en plus. Au
delà de la contrée dont je viens de parler le chemin allait
toujours en montant, et je traversais une crête de montagne de sable
blanc, où gisaient en grande quantité de petites pierres noires
brisées, semblables à des fragments de pots et d'écuelles.
De l'autre côté, je descendis dans une contrée couverte
d'arbres, qui semblaient rangés dans un ordre régulier. Quelques-uns
de ces arbres avaient des troncs écailleux et des feuilles d'une grandeur
extraordinaire. Il y en avait, aussi de forme pyramidale avec de grandes et
belles fleurs. Ces derniers avaient des feuilles d'un vert jaunâtre,
et des branches avec des boutons. Je vis aussi des arbres avec des feuilles
très lisses en forme de coeur.
J'arrivai ensuite dans un pays de pâturages qui s'étendaient
à perte de vue entre des hauteurs. Tout y fourmillait de troupeaux
innombrables. La vigne croissait autour des collines, et elle y était
cultivée. Il y avait des rangées de ceps sur des terrasses,
avec de petites haies de branchages pour les protéger. Les possesseurs
de ces troupeaux habitaient sous des tentes dont l'entrée était
fermée par des claies légères. Ces tentes étaient
faites avec l'étoffe de laine blanche que fabriquaient les peuplades
sauvages chez lesquelles j'avais passé. Il y avait au centre une grande
tente entourée d'une quantité d'autres plus petites. Les troupeaux,
séparés suivant leurs espèces, erraient dans ces grands
pâturages, qui étaient entrecoupés par places de masses
de buissons, formant comme des taillis. Je distinguai là des troupeaux
d'espèces fort différentes. Je vis des montons dont la laine
pendait en longues tresses et qui avaient de longues queues laineuses ; puis
des animaux très agiles, avec des cornes comme celles des boucs ; ils
étaient grands comme des veaux ; d'autres étaient de la taille
des chevaux qui courent ici en liberté dans les prairies. Je vis aussi
des troupes de chameaux et d'animaux de même espèce avec deux
bosses. Dans un endroit, je vis dans une enceinte fermée quelques éléphants
blancs et tachetés : ils étaient apprivoisés et servaient
pour les usages domestiques.
Cette vision fut interrompue trois fois, parce que mon attention fut appelée
d'un autre côté, et j'y revins toujours à différentes
reprises. Ces troupeaux et ces pâturages me parurent appartenir à
un des rois mages alors en voyage ; je crois que c'était à Mensor
et à sa famille. Ils étaient confiés aux soins de bergers
subalternes, qui portaient des jaquettes tombant jusqu'aux genoux, à
peu près de la forme des habits de nos paysans, si ce n'est qu'elles
étaient plus étroites. Je crois que le chef étant parti
pour un long voyage, tous ses troupeaux furent in . . . (bas de page absent)
en temps des gens en manteaux longs venir prendre connaissance de tout. Ils
se rendaient dans la grande tente centrale, et alors on faisait passer les
troupeaux entre celle-ci et les petites tentes ; on les comptait et on les
examinait. Ceux qui en faisaient le compte avaient à la main des espèces
de tablettes, de je ne sais quelle matière, sur lesquelles ils écrivaient
quelque chose. Je me disais alors à moi-même : Puissent nos évêques
examiner avec la même diligence leurs troupeaux confiés aux pasteurs
du second ordre !
Quand, après la dernière interruption, je revins à cette
contrée de pâturages, il était nuit. Un profond silence
régnait partout. La plupart des bergers dormaient sous les petites
tentes ; quelques-uns seulement veillaient et erraient ça et là
autour des troupeaux, lesquels étaient endormis et parqués,
suivant leur espèce, dans de grandes enceintes séparées.
Pour moi, je regardais avec attendrissement ces troupeaux dormant en paix,
en pensant qu'ils appartenaient à des hommes qui, cessant de contempler
les immenses pâturages azurés du ciel, semés d'innombrables
étoiles, étaient partis à l'appel de leur Créateur
tout-puissant, reconnaissant en lui leur pasteur, comme des troupeaux fidèles,
pour suivre sa voix avec plus d'obéissance que les brebis de cette
terre ne suivent celle de leurs pasteurs mortels. Et comme je voyais les bergers
qui veillaient regarder plus souvent les étoiles du ciel que les troupeaux
confiés à leur garde, je me disais à moi-même :
ils ont bien raison de tourner des yeux étonnés et reconnaissants
vers le ciel où, depuis des siècles, leurs ancêtres, persévérant
dans l'attente et la prière, n'ont cessé d'attacher leurs regards.
Le bon pasteur qui cherche sa brebis égarée, ne se repose pas
qu'il ne l'ait trouvée et rapportée ; ainsi vient de faire le
Père qui est dans les cieux, le vrai pasteur de ces innombrables troupeaux
d'étoiles répandues dans l'immensité. L'homme auquel
il avait soumis la terre ayant péché, et la terre ayant été
maudite par lui en punition de ce crime, il était allé chercher
l'homme tombé et la terre, . . .
(renvoi incohérent entre deux pages)
. . . on séjour, comme une brebis perdue : il a envoyé du haut du ciel son Fils unique pour se faire homme, ramener cette brebis perdue, prendre sur lui tous ses péchés en qualité d'agneau de Dieu et satisfaire en mourant à la justice divine. Et cet avènement du Rédempteur promis venait d'avoir lieu. Les rois de ce pays, conduits par une étoile, étaient partis la nuit précédente pour aller rendre hommage au Sauveur nouvellement né. C'est pourquoi ceux qui veillaient sur les troupeaux regardaient avec émotion les pâturages célestes et priaient ; car le Pasteur des pasteurs venait d'en descendre, et c'était aux bergers qu'il avait d'abord annoncé sa venue.
Pendant que je méditais ainsi en regardant l'immense plaine, le silence
de la nuit fut interrompu par le bruit des pas d'une cavalcade qui arrivait
en toute hâte : c'était une troupe d'hommes montés sur
des chameaux. Le cortège, passant le long des troupeaux qui reposaient,
se dirigea rapidement vers la tente principale du camp des bergers. Quelques
chameaux endormis se réveillaient ça et là et tournaient
leurs longs cous vers le cortège. On entendait bêler des agneaux
troublés dans leur sommeil ; quelques-uns des arrivants sautaient à
bas de leurs montures et réveillaient les bergers dormant dans les
tentes. Les plus voisins des veilleurs accostaient le cortège. Bientôt
tout fut sur pied et en mouvement autour des voyageurs ; on s'entretint en
regardant le ciel et en se montrant les étoiles. Ils parlaient d'un
astre ou d'une apparition dans le ciel qui avait cessé de se montrer,
car moi-même je ne la vis pas.
C'était le cortège de Théokéno, le troisième
des rois mages, celui qui demeurait le. plus loin. Il avait vu dans sa patrie
le même signe dans le ciel, qu'avaient vu d'autres, et il s'était
aussitôt mis en route. u demandait maintenant combien Mensor et Sair
devaient avoir d'avance sur lui, et si l'on pouvait encore voir l'étoile
qu'ils avaient prise pour guide. Quand il eut reçu les informations
nécessaires, le cortège continua son voyage sans s'arrêter
plus longtemps. Cet endroit était celui où les trois rois, qui
demeuraient fort loin les uns des autres, avaient coutume de se réunir
pour observer les astres, et la tour, en forme de pyramide, au haut de laquelle
il' faisaient leurs observations, était dans le voisinage. Théokéno
était celui des trois qui demeurait le plus loin. Il habitait au delà
du pays dans lequel Abraham avait d'abord vécu, et à l'entour
duquel tous les trois étaient établis.
Dans les intervalles entre les visions que j'eus à trois reprises pendant
la journée sur ce qui se passait dans la grande plaine des troupeaux,
différentes choses me furent montrées touchant les pays où
Abraham avait vécu : j'en ai oublié la plus grande partie. Je
vis une fois, à une grande distance, la hauteur sur laquelle Abraham
voulait sacrifier Isaac. Une autre fois, je vis très distinctement,
quoique ce fût fort loin d'ici, l'aventure d'Agar et d'Ismael dans le
désert. La première demeure d'Abraham était située
à une grande élévation, et les pays des trois rois, qui
se trouvaient alentour, étaient plus bas. Je raconterai ici ce que
je vis d'Agar et d'Ismael. A l'un des côtés de la montagne d'Abraham,
plus près du fond de la vallée, je vis Agar avec son fils errer
au milieu des buissons. Elle semblait comme hors d'elle-même. L'enfant
était encore fort jeune : il avait une longue robe. Elle-même
était enveloppée dans un long manteau qui recouvrait la tête,
et sous lequel elle portait un vêtement court avec un corsage étroit.
Elle plaça l'enfant sous un arbre, près d'une colline, et lui
fit des marques sur le front, au haut du bras droit, sur la poitrine et au
haut du bras gauche. Je ne vis pas la marque sur le front, mais les autres,
qui étaient faites sur les habits, restèrent visibles et semblaient
tracées avec une couleur rouge. Elles avaient la forme d'une croix,
mais non pas d'une croix ordinaire. Cela ressemblait à une croix de
Malte, ayant au milieu un cercle duquel partaient les quatre triangles formant
la croix. Dans les quatre triangles, elle écrivit des signes ol1 des
lettres en forme de crochets dont je ne comprenais pas la signification. Dans
le cercle qui était au centre, je la vis tracer deux ou trois lettres.
Elle traça tout cela très vite, avec une couleur rouge, qu'elle
semblait avoir dans la main. Peut-être était-ce du sang. Elle
s'éloigna ensuite, leva les yeux au ciel et ne regarda plus du côté
de son fils. Elle alla à peu près à une portée
de fusil et s'assit sous un arbre. Alors elle entendit une voix venant du
ciel, se leva et alla plus loin ; puis elle entendit de nouveau la voix, et
vit une source sous le feuillage. Elle remplit son outre de cuir, retourna
près de son fils, auquel elle donna à boire, et elle le conduisit
près de la source, où elle lui mit un autre vêtement par-dessus
celui où elle avait fait les marques dont j'ai parlé.
Voilà tout ce que je me rappelle de cette vision. Je crois qu'antérieurement
j'avais vu deux fois Agar dans le désert, une fois avant la naissance
de son fils, et l'autre fois comme celle-ci avec le jeune Ismael.
(Dans la nuit du 27 au 28 novembre.) Quand la soeur Emmerich communiqua, en
1821, ces visions sur le voyage des trois rois, elle avait déjà
raconté toute la période de la prédication de Jésus.
Elle avait vu entre autres choses le Sauveur se retirer au delà du
Jourdain, après la résurrection de Lazare, et, pendant une absence
de seize semaines, faire une visite aux rois mages, qui, à leur retour
de Bethléhem, s'étaient établis ensemble dans un pays
plus voisin que le leur de la terre promise. Mensor et Théokéno
vivaient encore ; mais, lors du voyage de Jésus, Sair, le roi basané,
était mort. Il a paru nécessaire d'instruire le lecteur de ces
événements, postérieurs de trente-trois ans, mais racontés
précédemment, afin de rendre intelligibles certaines choses
qui y font allusion dans le récit qui suit.
Dans la nuit du 27 au 28 novembre, je vis à l'aube du jour le cortège
de Théokéno rejoindre celui de Mensor et de Sair dans une ville
en ruine. Il y avait là de longues rangées de hautes colonnes
isolées. Les portes étaient surmontées de tours carrées
à moitié écroulées. Il s'y trouvait de grandes
et belles statues ; elles n'étaient pas raides comme celles de l'Egypte,
mais elles avaient de belles attitudes qui leur donnaient l'air vivant. Le
pays était sablonneux, et il y avait beaucoup de rochers. Dans les
ruines de cette ville abandonnée étaient établis des
gens qui avaient l'air de bandits ; ils n'étaient vêtus que de
peaux de bêtes jetées sur le corps, et ils étaient armés
d'épieux. Ils avaient la peau basanée ; ils étaient petits
et trapus, mais singulièrement agiles. Il me semblait avoir été
déjà dans cet endroit, peut-être lors de ces voyages que
je fis en songe à la montagne des prophètes et aux bords du
Gange. Les trois cortèges se trouvant réunis, ils quittèrent
cette ville de grand matin pour continuer leur voyage en toute bâte,
et beaucoup de pauvres habitants de ce lieu se joignirent à eux, attirés
par la libéralité des trois rois. Ils allèrent à
une demi-journée plus loin, et firent là une halte. Après
la mort de Notre Seigneur Jésus-Christ, l'apôtre saint Jean envoya
deux disciples, Saturnin ' et Jonadab, le demi frère de saint Pierre,
annoncer l'Evangile dans cette ville ruinée.
Je vis les trois rois ensemble. Le dernier arrivé, Théokéno,
avait le teint tirant sur le jaune ; je le reconnus pour celui qui, trente-deux
ans plus tard, était malade dans sa tente, lorsque Jésus visita
les rois mages dans leur établissement voisin de la terre promise.
Chacun des trois rois avait avec lui quatre proches parents ou amis intimes,
de sorte qu'il y avait en tout dans le cortège quinze personnes de
haut rang, accompagnées d'une foule de conducteurs de chameaux et de
serviteurs. Parmi plusieurs jeunes gens de ce cortège, qui étaient
à peu prés nus jusqu'à la ceinture, et qui pouvaient
sauter et courir avec une agilité extraordinaire, je reconnus Éléazar,
qui, plus tard, devint martyr, et dont j'ai une relique.
Elle vit les trois rois passer par cette ville le jour de la fête de
saint Saturnin, duquel elle possédait une relique : c'est ce qui lui
fit remarquer les relations du saint avec cet endroit. Plus tard, l'écrivain
lut dans la légende de saint Saturnin qu'il avait prêché
l'Evangile en Asie, jusque dans la Médie.
Dans l'après-midi, comme son confesseur lui demandait encore le nom
des trois rois, elle répondit : Mensor le brun, baptisé par
saint Thomas après la mort du Sauveur, reçut au baptême
le nom de Léandre. Théokéno, le jaune, qui était
malade lors du passage de Jésus en Arabie, fut baptisé par le
même saint Thomas sous le nom de Léon. Le plus basané,
qui était déjà mort lors de la visite du Sauveur, s'appelait
Séir ou Sair. Son confesseur lui demanda : " Comment donc celui-ci
fut-il baptisé " ? Elle ne se déconcerta pas, et dit en
souriant : " il était déjà mort, et avait eu le
baptême de désir ". Le confesseur lui dit alors : "
Je n'ai jamais entendu ces noms : comment s'accordent-ils avec ceux de Gaspard,
Melchior et Balthazar " ? Elle répondit : " On les a ainsi
nommés parce que cela se rapporte à leur caractère, car
ces mots signifient : 1, il va avec amour ; 2, il erre tout autour, il va
en caressant, il s'approche doucement ; 3, il saisit promptement avec sa volonté,
il unit promptement sa volonté à la volonté de Dieu ".
Elle dit cela d'un air très gracieux et indiqua la signification de
ces noms par une espèce de pantomime en remuant sa main sur la couverture
de son lit. C'est aux orientalistes a dire jusqu'à quel point ces trois
noms peuvent être interprétés de cette manière.
(Le 28 novembre.) Une demi journée au delà de la ville en ruine
où se trouvaient tant de colonnes et de figures de pierre, je crus
rencontrer pour la première fois le cortège réuni des
trois rois mages. C'était dans un pays assez fertile. On voyait ça
et là des habitations de bergers construites en pierres blanches et
noires Le cortège arriva dans la plaine à un puits, dans le
voisinage duquel se trouvaient plusieurs hangars spacieux. Il y en avait trois
au milieu et plusieurs autres alentour. C'était comme des lieux de
repos pour les voyageurs.
Le cortège entier était divisé en trois groupes : dans
chacun d'eux se trouvaient cinq personnages de distinction, et parmi ceux-ci
le chef et le roi, qui, comme un père de famille, ordonnait tout, réglait
tout et faisait les parts. Chacun de ces trois groupes se composait d'hommes
dont je visage était de couleur différente. La tribu de Mensor
avait le teint d'un brun agréable, celle de Saïr était
d'un brun plus foncé ; celle de Théokéno avait un teint
éclatant tirant sur le jaune. Je ne vis personne d'un noir brillant,
à l'exception de quelques esclaves.
Les principaux personnages étaient assis sur leurs bêtes de somme,
entre des paquets recouverts de tapis. Ils avaient des bâtons à
la main. Ils étaient suivis d'autres bêtes grandes à peu
près comme des chevaux, sur lesquelles étaient des serviteurs
et des esclaves au milieu du bagage. Quand ils furent arrivés, ils
descendirent, déchargèrent entièrement les animaux et
les firent boire au puits. Celui-ci était entouré d'un petit
terrassement sur lequel était un mur avec trois entrées ouvertes.
Dans cette enceinte se trouvait le réservoir d'eau, qui était
placé un peu plus bas. L'eau sortait par trois conduits fermés
avec des chevilles. Le réservoir était fermé par une
espèce de couvercle ; il fut ouvert par un homme de la ville en ruine
qui s'était joint au cortège. Ils avaient des outres de cuir
séparées en quatre compartiments, où quatre chameaux
pouvaient boire à la fois quand elles étaient remplies d'eau.
Ils étaient si soigneux en ce qui concernait l'eau, qu'ils n'en laissaient
pas perdre une goutte ; les bêtes furent ensuite installées dans
des enceintes découvertes qui se trouvaient près du puits, et
où chacune avait sa place à part. Elles avaient là devant
elles des auges de pierre où on leur fit manger d'un fourrage qu'elles
portaient avec elles. C'étaient des grains gros à peu près
comme des glands (peut-être des fèves). Dans le bagage se trouvaient
aussi de grandes cages suspendues aux flancs des bêtes de somme, et
où se trouvaient de, oiseaux de diverses espèces, gros à
peu près comme des pigeons ou des poulets, ils en mangeaient pendant
le voyage. Ils avaient dans des boites de cuir des pains d'égale grandeur,
semblables à des tablettes pressées les unes contre les autres.
Ils portaient avec eux des vases précieux d'un métal Jaune,
couverts d'ornements et de pierres fines, lesquels avaient à peu près
la forme de ne. vases sacrés, tels que calices, patènes, etc.
Ils s'en servaient pour boire et pour présenter les aliments Le. bords
de ces vases étaient le plus souvent ornés de pierres rouges.
Les tribus n'étaient pas tout à fait habillées de la
même manière. Théokéno et sa famille, aussi bien
que Mensor, portaient sur la tête une sorte de calotte élevée,
autour de laquelle était roulée une bande d'étoffe blanche
; leurs tuniques descendaient jusqu'aux jarrets : elles étaient très
simples et avaient à peine quelques ornements sur la poitrine ; ils
avaient des manteaux légers, amples et très longs, qui traînaient
par derrière. Sair, le basané, et sa famille, portaient des
bonnets avec une coiffe ronde, brodée de diverses couleurs, et un petit
bourrelet blanc ; ils avaient des manteaux plus courts, et là-dessous
des tuniques boutonnées descendant jusqu'aux genoux, chamarrées
de lacets, de boutons reluisants et d'autres ornements ; sur l'un des côtés
de leur poitrine, se trouvait une plaque brillante de la forme d'une étoile.
Tous avaient les pieds nus, posant sur des semelles assujetties avec des cordons
qui entouraient le bas des jambes. Les principaux d'entre eux avaient à
la ceinture des sabres courts ou de grands coutelas ; ils y portaient aussi
des bourses et de petites boites. Il y avait là des hommes de cinquante
ans, de quarante, de trente et de vingt ; les uns avaient une longue barbe,
les autres la portaient plus courte. Les serviteurs et les chameliers étaient
vêtus beaucoup plus simplement ; plusieurs n'avaient sur eux qu'une
pièce d'étoffe ou une vieille couverture.
Quand les bêtes furent désaltérées et parquées,
et quand eux-mêmes eurent bu, ils firent du feu au milieu du hangar
sous lequel ils s'étaient établis : ils se servirent pour cela
de morceaux de bois d'environ deux pieds et demi de long, que les pauvres
gens du pays avaient apportés en fagots, lesquels paraissaient préparés
d'avance pour l'usage des voyageurs ; ils en firent une espèce de bûcher
de forme triangulaire, laissant sur le côté une ouverture pour
donner de l'air : c'était très habilement arrangé. Je
ne sais pas bien comment ils se procurèrent di1 feu : je vis qu'on
mit un morceau de bois dans un autre où l'on avait fait un creux, et
qu'on le fit tourner quelque temps ; après quoi on le retira allumé.
Ils firent ainsi leur feu, et je les vis tuer quelques oiseaux et les faire
rôtir.
Les trois rois et les plus âgés firent chacun pour sa tribu ce
que fait un père de famille dans sa maison ; ils firent les parts et
présentèrent à chacun la sienne : ils placèrent
les oiseaux découpés sur de petites patènes ou assiettes,
et les firent passer à la ronde ; ils remplirent aussi les coupes et
donnèrent à boire à chacun. Les serviteurs subalternes,
parmi lesquels étaient des nègres, étaient assis par
terre sur une couverture ; ils attendaient patiemment leur tour et recevaient
aussi leur part. Je pense que c'étaient des esclaves.
Combien sont touchantes la bonté et la simplicité naive de ces
excellents rois ! ils donnent de tout ce qu'ils ont aux gens qui sont venus
avec eux ; ils leur portent même les vases d'or à la bouche,
et les font boire comme des enfants.
J'ai appris aujourd'hui beaucoup de choses sur les saints rois, notamment
les noms de leurs pays et de leurs villes, mais j'ai presque tout oublié.
Je dirai ce que j'ai retenu. Mensor, le brun, était Chaldéen
; sa ville avait un nom comme Acaiaia ; elle était entourée
d'un fleuve et comme sur une île. Il résidait habituellement
dans la plaine, près de ses troupeaux. Sair, le basané, était
déjà auprès de lui tout prêt à partir, la
nuit de la Nativité. Je me souviens que son pays avait un nom qui ressemblait
à Partherme. (C'est peut-être le nom de Parthiène ou de
Parthomaspe défiguré.) un peu au-dessus de ce pays se trouvait
un lac. Lui et sa tribu étaient de couleur très foncée)
mais avec les lèvres rouges. Les autres gens qu'étaient avec
eux étaient blancs Il n'y avait qu'une ville, à peu près
grande comme Munster.
L'écrivain trouva, en 1839, par conséquent dix-huit ans après
cette mention d'Acaiaia, l'indication suivante dans le Dictionnaire des écoles
industrielles de Franke : "Achaiacula, forteresse sur les iles de l'Euphrate
en Mésopotamie. "(Ammian., 2 i-2.) Nous désirons qu'on
puisse établir une relation entre ces noms.
Théokéno, le blanc, venait de Médie, pays situé
plus haut, entre deux mers ; il habitait sa ville, dont j'ai oublié
le nom. Elle était composée de tentes dressées sur des
fondements en pierres. Je pense que Théokéno, qui était
le plus riche des trois, et celui qui avait renoncé à plus de
choses, aurait pu se rendre à Bethléhem par une voie plus directe,
et qu'il avait fait un détour pour se réunir aux autres. Il
me semble presque qu'il avait dû passer près de Babylone pour
les rejoindre.
Saïr demeurait à trois journées de voyage de l'habitation
de Mensor, en évaluant chaque journée à douze lieues.
Théokéno était à cinq de ces journées de
voyage. Mensor et Sair se trouvaient réunis chez le premier, lorsqu'ils
virent l'étoile qui annonçait la naissance de Jésus.
Ils s'étaient mis en route le jour suivant. Théokéno
vit chez lui la même apparition ; il partit en toute hâte pour
rejoindre les deux autres et les rencontra dans la ville en ruine.
L'étoile qui les conduisait était comme un globe rond, et la
lumière en sortait comme d'une bouche. (Cette expression peut s'être
présentée à elle, parce qu'elle voyait souvent de la
lumière sortir de la bouche du Seigneur et de celle des saints.) il
me semblait toujours que ce globe était comme suspendu à un
fit lumineux et dirigé par une main. Pendant la journée je voyais
au-devant d'eux un corps brillant dont la clarté surpassait celle du
jour. Quand je considère la longueur du voyage, je suis étonnée
de la vitesse avec laquelle ils le firent ; mais les animaux qu'ils montaient
avaient un pas si léger et si égal, que leur marche me paraissait
ordonnée, rapide et uniforme comme le vol d'une bande d'oiseaux de
passage. Les pays des trois rois formaient ensemble comme un triangle.
Le cortège étant resté jusqu'au soir dans l'endroit où
je l'avais vu s'arrêter, les gens qui s'y étaient joints aidèrent
à recharger les bêtes de somme, et emportèrent chez eux
différentes choses qui avaient été laissées là
par les voyageurs. La nuit tombait lorsque ceux-ci se mirent en route. L'étoile
était visible ; elle jetait une lueur rougeâtre comme la lune
lorsqu'il fait grand vent. Ils marchèrent quelque temps près
de leurs montures, la tête découverte, et ils firent des prières.
Le chemin ici était tel qu'on ne pouvait pas aller vite. Plus tard,
quand il devint uni, ils remontèrent sur leurs bêtes, qui avaient
une allure très rapide. Quelquefois ils allaient lentement, et alors
ils entonnaient tous ensemble, à travers la nuit, des chants singulièrement
expressifs et touchants.
(Du 29 novembre au 2 décembre.) Dans la nuit du 29 au 30 novembre,
je me trouvai de nouveau prés du cortège des trois rois. Ils
s'avancent toujours dans la nuit, suivant l'étoile qui, en ce moment,
semble toucher la terre de sa longue queue lumineuse. Ils la regardent avec
une joie tranquille, descendent de leurs montures et s'entretiennent ensemble.
Quelquefois ils chantent alternativement de courtes sentences sur un air lent
et expressif, dont les notes sont tantôt très hautes, tantôt
très basses. Il y a quelque chose d'extrêmement touchant dans
ces mélodies qui interrompent le silence de la nuit, et j'ai le sentiment
de tout ce qu'ils chantent. Le cortège s'avance dans une belle ordonnance
: c'est d'abord un grand chameau portant de chaque côté des coffres
sur lesquels sont étendus de larges tapis ; en haut est assis un des
chefs, avec son épieu à la main et un sac auprès de lui.
Puis viennent des animaux plus petits, comme des chevaux ou des ânes
de haute taille, et sur eux, entre les bagages, les hommes qui dépendent
de ce chef. Puis, vient un autre chef sur un chameau, etc. Ces animaux marchent
légèrement, quoique à grand pas, et ils posent le pied
avec précaution. Leur corps ne remue pas ; leurs pieds seuls sont en
mouvement. Les hommes sont aussi calmes que s'ils n'avaient à s'occuper
de rien. Tout cela est si tranquille et si doux ! c'est comme un songe paisible.
Je ne puis m'empêcher de faire une réflexion frappante sur ce
que je vois. Ces bonnes gens ne connaissent pas encore le Seigneur, et ils
vont à lui avec tant d'ordre, de paix et de bonne grâce ! tandis
que nous, qu'il a délivrés et comblés de ses bienfaits,
nous sommes si désordonnés et si irrévérencieux
dans nos processions.
Le vendredi, 30 novembre, je vis le cortège s'arrêter dans une
plaine près d'un puits. Un homme, sorti d'une cabane comme il y en
avait plusieurs dans le voisinage, leur ouvrit ce puits. Ils abreuvèrent
leurs bêtes, et firent une courte halte sans les décharger.
Le samedi, 1er décembre, je vis le cortège, qui avait suivi
hier un chemin montant sur un plateau élevé. A leur droite étaient
des montagnes, et il me sembla qu'à l'endroit où le chemin descendait,
ils s'approchèrent d'une contrée où se trouvaient fréquemment
des habitations, des arbres et des fontaines. Il me sembla que c'était
le pays de ces gens que j'avais vus l'année dernière et récemment
encore filer et tisser du coton. Ils adoraient des images de taureaux. Ils
offrirent libéralement des aliments à la troupe nombreuse qui
suivait le cortège ; mais ils ne se servaient plus des plats dans lesquels
ceux-ci avaient mangé, ce dont je fus surprise.
Le dimanche, 2 décembre, Je vis les saints rois dans le voisinage d'une
ville dont le nom me parait ressembler à Causour, et qui se compose
de tentes dressées sur des fondations en pierres. Ils s'arrêtèrent
là chez un autre roi auquel cette ville appartenait, et dont la demeure
était à quelque distance. Depuis leur jonction dans la ville
en ruine jusqu'ici, ils avaient fait cinquante-trois ou soixante-trois heures
de route. Ils racontèrent au roi de Causour tout ce qu'ils avaient
vu dans les étoiles. Il fut très étonné, regarda
l'étoile qui les conduisait, et y vit un petit enfant avec une croix.
Il les pria de lui raconter à leur retour ce qu'ils auraient vu, parce
qu'il voulait aussi élever des autels à l'enfant et lui offrir
des sacrifices. Je suis curieuse de savoir s'il tiendra sa parole lorsqu'ils
reviendront. Je les ai entendus lui raconter l'origine de leurs observations
sur les astres, et je me souviens de ce qui suit :
Les ancêtres des trois rois étaient de la race de Job, qui anciennement
avait habité près du Caucase, et qui avait eu des possessions
dans d'autres pays très éloignés. Environ quinze cents
ans avant Jésus-Christ, ils ne formaient encore qu'une seule tribu.
Le prophète Balaam était de leur pays ; un de ses disciples
y avait fait connaître sa prophétie : " une étoile
naîtra de Jacob ", et avait donné des instructions à
ce sujet. Sa doctrine s'y était fort répandue : on avait élevé
une grande tour sur une montagne, et plusieurs savants astronomes y résidaient
alternativement. J'ai vu cette tour, qui était elle-même comme
une montagne, large par en bas et se terminant en pointe. Tout ce qu'ils observaient
dans le ciel était noté et passait de bouche en bouche. A plusieurs
reprises, ces observations furent interrompues par suite de divers événements.
Plus tard, ils en vinrent à des abominations impies, au point de sacrifier
des enfants. Ils croyaient pourtant que l'enfant promis devait venir bientôt.
Environ cinq siècles avant la naissance de Jésus-Christ, les
observations avaient cessé. Ils s'étaient alors divisés
en trois branches, formées par trois frères qui vivaient séparés
avec leurs familles. Ces frères avaient trois filles auxquelles Dieu
avait accordé le don de prophétie. Elles parcouraient le pays,
vêtues de longs manteaux, et faisaient des prédictions relativement
à l'étoile et à l'enfant qui devait sortir de Jacob.
On se remit alors à observer les astres, et l'attente de l'enfant redevint
très vive dans les trois tribus. Les trois rois descendaient de ces
trois frères par quinze générations qui s'étaient
succédé en ligne directe depuis environ cinq cents ans. Mais,
par suite du mélange avec d'autres races, la couleur de leur peau avait
changé, et ils différaient les uns des autres à cet égard.
Depuis cinq siècles, les ancêtres des trois rois n'avaient jamais
cessé de se réunir de temps en temps pour observer ensemble
les astres. Tous les événements remarquables et relatifs à
l'avènement futur du Messie leur étaient indiqués par
des signes merveilleux qu'ils voyaient dans le ciel. J'en vis plusieurs pendant
leur récit, mais je ne puis les rapporter clairement. Depuis la conception
de la sainte Vierge, par conséquent depuis quinze ans, ces signes marquaient
plus distinctement que la venue de l'Enfant était proche. Enfin ils
avaient vu aussi bien des choses qui se rapportaient à la Passion de
Notre Seigneur. Ils pouvaient calculer au juste l'époque où
sortirait de Jacob l'étoile prophétisée par Balaam, car
ils avaient vu l'échelle de Jacob, et, d'après le nombre des
échelons et la succession des tableaux qui s'y montraient, ils pouvaient
calculer l'approche du Sauveur, comme sur un calendrier ; car l'extrémité
de l'échelle aboutissait à cette étoile, ou bien l'étoile
était la dernière image qui y apparût. A l'époque
de la conception de Marie, ils avaient vu la Vierge avec un sceptre et une
balance, sur les plateaux de laquelle étaient des épis de blé
et des raisins. Un peu plus tard ils virent la Vierge avec l'enfant. Bethléhem
leur apparut comme un beau palais, une maison où étaient rassemblées
et distribuées d'abondantes bénédictions. Ils y virent
aussi la Jérusalem céleste, et entre ces deux demeures, une
route sombre, pleine d'épines, de combats et de sang.
Ils prirent tout cela à la lettre. Ils croyaient que le roi attendu
était né au milieu d'une grande pompe, et que tous les peuples
lui rendaient hommage. C'est pourquoi ils allaient, eux aussi, l'honorer et
lui porter leurs présents. Ils prenaient la Jérusalem céleste
pour son royaume sur la terre, et c'était là qu'ils croyaient
aller. Quant à la route semée de difficultés, ils pensaient
qu'elle représentait leur voyage, ou bien une guerre qui menaçait
le nouveau roi. Ils ne savaient pas que c'était le symbole de la voie
douloureuse de sa Passion. Au-dessous, sur l'échelle de Jacob, ils
virent (et je vis aussi) une tour artistement construite, assez semblable
aux tours que je vois ; sur la montagne des prophètes, et où
la Vierge se réfugia une fois pendant un orage. Je ne sais plus ce
que cela signifiait. (Peut-être la fuite en Egypte.) il y avait une
longue série de tableaux sur cette échelle de Jacob, entre autres
beaucoup de symboles figuratifs de la sainte Vierge, dont quelques-uns se
trouvent dans les litanies, en outre la fontaine scellée, le jardin
fermé, et aussi des figures de rois dont les uns tenaient un sceptre
et les autres des branches d'arbre.
Ils virent ces tableaux se montrer dans les étoiles ; ils les virent
continuellement pendant les trois dernières nuits Alors le principal
d'entre eux envoya des messagers aux autres ; et quand ils virent les rois
présenter des offrandes à l'enfant nouveau-né, ils se
mirent en route avec leurs présents, ne voulant pas être les
derniers à lui rendre hommage. Toutes les tribus des adorateurs des
astres avaient vu l'étoile, mais celles-ci seules la suivirent. L'étoile
qui les conduisait n'était pas une comète, mais un météore
brillant que portait un ange.
Ce furent ces visions qui les firent partir dans l'attente de grandes choses,
et ils furent ensuite très surpris de ne rien trouver de tout cela.
Ils furent très étonnés de la réception d'Hérode
et de l'ignorance où tout le monde était. Quand ils arrivèrent
à Bethléhem, et qu'au lieu du palais magnifique qu'ils avaient
vu dans l'étoile, ils virent une pauvre grotte, ils furent assaillis
de bien des doutes. Mais ils restèrent fermes dans leur foi, et, à
la vue de l'Enfant-Jésus, ils reconnurent que ce qu'ils avaient vu
dans les astres était accompli.
Leurs observations des étoiles étaient accompagnées d.
jeûnes, de prières, de cérémonies, de toute sorte
d'abstinences et de purifications. Ce culte des astres exerçait des
influences pernicieuses sur des gens qui étaient en rapport avec le
mauvais esprit. Ces gens, lors de leurs visions, étaient saisis de
convulsions violentes ; c'était à leur suite qu'avaient lieu
d'abominables sacrifices d'enfants. D'autres, comme par exemple les saints
rois, virent tout cela clairement, tranquillement, avec une douce émotion,
et ils en devinrent meilleurs et plus pieux.
(Du lundi 3 au mercredi 5 décembre.) Lorsque les trois rois quittèrent
Causour, je vis se joindre à eux une troupe considérable de
voyageurs de distinction qui suivaient la même route. Les 3 et 4 décembre,
je vis la caravane traverser une grande plaine. Le b, ils firent une halte
près d'un puits. Ils firent boire et manger leurs bêtes de somme
sans les décharger, et préparèrent quelques aliments
pour eux-mêmes.
Pendant ces derniers jours, la soeur Emmerich, tout en dormant, chanta plusieurs
fois des paroles rimées sur des airs étranges, mais très
touchants. Comme on l'interrogeait à ce sujet. elle répondit
: Je chante avec ces bons rois ; ils chantent si agréablement des paroles
comme celles-ci, par exemple :
Nous voulons franchir les montagnes,
et nous agenouiller devant le nouveau roi.
Ils improvisent et chantent ces vers alternativement ; l'un d'eux commence,
et tous les autres répètent le vers qu'il a chanté ;
alors un autre ajoute un autre vers, et ils continuent ainsi, tout en chevauchant,
à chanter leurs douces et touchantes mélodies.
Dans le centre de l'étoile, ou plutôt du globe lumineux qui leur
montrait le chemin, je vis apparaître un enfant avec une croix. Ce globe
lumineux, lorsqu'ils eurent vu l'apparition de la Vierge dans les étoiles,
s'était montré au-dessus de cette image et s'était tout
d'un coup mis en mouvement.
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