11. Restauration de l'humanité montrée aux anges.
Ici viennent diverses visions de la soeur Emmerich, qu'elle communiqua à diverses époques lors de ses méditations annuelles pendant l'octave de la Conception de la sainte Vierge. Elles ne présentent pas une série continue sur la vie de Marie, mais elles jettent partout une lumière particulière sur l'élection et la préparation de ce vase de la grâce. Comme elle les a racontées au milieu de beaucoup de troubles et de souffrances, on ne sera pas étonné qu'elles paraissent sous forme de fragments.
Dans la nuit du 2 au 3 septembre l821, Anne Catherine, alors gravement
malade, eut des visions très étendues sur la fête des Anges gardiens, ainsi
que sur la nature des anges et les hiérarchies célestes en général. Mais,
assaillie par beaucoup de souffrances, d'épreuves et de peines de toute espèce,
elle n'en communiqua qu'une petite partie et à bâtons rompus. On donne ici
ce qu'on a pu obtenir d'elle après des interrogations répétées.
Je vis un tableau merveilleux : c'était Dieu qui, après a chute de l'homme,
montrait aux anges comment il roulait régénérer le genre humain. A la première
vue, je ne compris pas ce tableau, mais bientôt il devint clair pour moi.
Je vis le trône de Dieu. la très sainte Trinité et comme un mouvement en Elle. Je vis les neuf choeurs des anges auxquels Dieu annonçait de quelle manière il voulait régénérer l'humanité déchue. Je vis, à cette annonce , une jubilation indicible parmi les anges.
Le développement des desseins de miséricorde de Dieu sur l'homme me fut montré
dans divers tableaux symboliques. Je vis ces tableaux apparaître au milieu
des neuf choeurs angéliques et se suivre comme une sorte d'histoire. Je vis
les anges coopérer à ces tableaux, les protéger et les défendre. Je ne puis
plus en rapporter la suite avec certitude ; je dirai avec l'aide de Dieu ce
que j'en ai retenu.
Je vis devant le trône de Dieu une montagne comme de pierres précieuses :
elle croissait et s'étendait sans cesse ; elle avait des degrés et ressemblait
à un trône, puis elle prenait la figure d'une tour. Sous cette forme, elle
renfermait dans son enceinte tous les trésors spirituels, tous les dons de
la grâce. Les neuf choeurs des anges l'environnaient. Je vis à l'un des côtés
de cette tour, comme sur un petit rebord formé par une nuée dorée, paraître
des ceps de vigne et des épis de blé, qui s'entrelaçaient comme les doigts
de deux mains jointes. Je ne pourrais pas bien déterminer à quel moment de
la vision prise dans son ensemble, j'ai vu cela.
Je vis apparaître, dans le ciel, une figure semblable une vierge. qui entra
dans la tour et se fondit pour ainsi dire avec elle. La tour était très large
et aplanie par en haut ; il me sembla qu'il y avait par derrière une ouverture
par laquelle entra la Sainte Vierge Marie dans le temps, c'était elle dans
l'éternité en Dieu'. Je vis son apparition se produire devant la sainte Trinité
de la même manière que l'haleine se condense devant la bouche en une petite
vapeur '. Je vis aussi une apparition sortir de la sainte Trinité vers la
tour. Dans ce moment, je vis au milieu des choeurs des anges paraître comme
un tabernacle du saint Sacrement. Les anges semblaient tous y travailler,
et il avait la forme d'une tour entourée d'images symboliques de toute espèce.
Il y avait à côté deux figures qui se tendaient la main derrière lui. Ce vase
spirituel paraissait s'accroître continuellement et devenait toujours plus
magnifique et plus riche.
Je vis alors quelque chose sortir de Dieu et passer à travers les neuf choeurs
des anges ; cela me parut semblable à une nuée lumineuse qui devenait de plus
en plus distincte à mesure qu'elle approchait de ce tabernacle de sainteté
dans lequel enfin elle entra.
Autant que je puis le comprendre, c'était une bénédiction substantielle de
Dieu qui se rapportait à la continuité d'une lignée pure et sans péché et
pour ainsi dire à la production de rejetons purs. Je vis enfin cette bénédiction,
sous la forme d'une fève brillante. entrer dans le tabernacle, après quoi
celui-ci se perdit lui-même dans la tour.
Voyez le capitule des vêpres de l'office de la très sainte Vierge, tiré de
l'Ecclésiastique, XXIV : Ab initio et ante secula crenta sum, et jusque ad
futurum secuium non desinam.
Comparez le texte consacré par l'application que l'Église en fait depuis longtemps
à Marie : Ego ex ore Altissimi prodivi primogenita ante omnem creaturam ;
ego feci in coelis ut oriretur lumen indeficiens. Thronus meus in columna
nubis, etc. Eccli., XXIV, 7.
3 La narratrice, dans le cours de ses nombreuses contemplations, moitié historiques,
moitié symboliques, sur l'Ancien et le Nouveau Testament, fit sur cette bénédiction
plusieurs communications, dont nous présenterons ici quelques-unes dans un
ordre chronologique. " " Ce fut, dit-elle, cette bénédiction avec laquelle
et par laquelle Eve fut tirée du côte droit d'Adam. Je la vis retirée à Adam
par la providence miséricordieuse de Dieu lorsqu'il était au moment de consentir
au péché. Abraham la reçut de nouveau par le ministère des anges, après l'institution
de la circoncision, en même temps que la promesse de la naissance d'Isaac.
Elle fut transmise par lui dans une cérémonie solennelle et sacramentelle
son premier-né Isaac, et par celui-ci à Jacob. Cette bénédiction fut enlevée
à Jacob par l'ange qui lutta avec lui, et elle passa à Joseph, en Egypte.
Enfin elle fut prise de nouveau par Moïse, dans la nuit de la sortie d'Egypte,
enlevée avec les ossements de Joseph, et elle fut ensuite placée dans l'Arche
comme le trésor sacré du peuple de Dieu ".
Ce n'était pas sans scrupule et sans inquiétude que nous avions rédigé, pour les livrer à l'impression, ces explications de la soeur, lorsque nous apprîmes que, dans le livre appelé Sohar (qui a été rédigé dans le second siècle de l'ère chrétienne, mais qui contient des paroles beaucoup plus anciennes), on retrouve, presque mot pour mot, ce qu'elle dit ici et ailleurs sur le mystère de l'ancienne arche d'alliance. Un lecteur familiarisé avec la langue chaldéenne peut s'en convaincre en lisant, par exemple, les textes suivants : Par Toledoth, p. 340 ; ibid., p. 335 ; Béreschith, p. 155 ; T'rurrab. 251, etc.
Je vis les anges jouer un rôle actif dans une partie de ces apparitions. Une
série de tableaux s'éleva aussi de l'abîme ; c'étaient comme des images d'illusion
et de mensonge : je vis les anges agir contre elles et les faire disparaître.
J'ai vu et oublié beaucoup de choses de ce genre.
Il y avait dans tous ces tableaux une merveilleuse liaison ; l'ensemble de
cette vision était singulièrement riche et significatif. Même les apparitions
ennemies, fausses, mauvaises, de tours, de calices, d'églises qui étaient
rejetées de côté, devaient servir au développement de l'oeuvre du salut.
Pendant ces récits, elle revenait toujours sur l'inexprimable joie des anges.
L'ensemble de ces fragments n'a pas de conclusion proprement dite : cela semble
une série de tableaux symboliques relatifs à l'histoire de la rédemption.
Elle disait à ce sujet : " J'ai vu d'abord les représentations figuratives
de l'oeuvre de la rédemption au milieu des neuf choeurs des anges, et ensuite
une série de tableaux depuis Adam jusqu'à la captivité de Babylone ".
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